Après une longue période chaos, cinq royaumes vivent dans une cohabitation relative, chacun ayant ses intrigues internes.
 

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 Laissez-moi incarner votre plus grand Péché.

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Yenefer Amshet

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MessageSujet: Laissez-moi incarner votre plus grand Péché.   Jeu 20 Nov - 15:47


Yenefer Amshet


  • Rang : C
  • Race : Humaine
  • Age : 27 ans
  • Royaume/faction :  Nékéharkhan
  • Fonction(s) : Prostituée de luxe
  • Classe : Mage élément Feu

 
Équipement et Pouvoirs


  • Caractéristiques raciales :

    Taille moyenne : 165-185cm
    Poids moyen : 65-110kg
    Espérance de vie : 80-100 ans

  • Sorts :

    Parler de "sorts" serait bien présomptueux pour désigner les quelques tours que je dissimule dans mes manches. Élevée par un vieux Mage Berbère, terrifiée par le feu dans mes plus jeunes années, il résolut de m'apprendre à dompter ma peur en m'en rendant maîtresse. J'appris donc tout d'abord à allumer simplement la flamme d'une bougie, à appréhender la sannaeth autour de moi, à la comprendre et enfin à la plier à mes désirs, pour aujourd'hui pouvoir proposer, parmi mes nombreux talents, des numéros de danse incluant des cerceaux ou des sabres enflammés. Un de mes numéros fétiche consiste en un effeuillage torride, où je laisse plus ou moins au public le choix de désigner les parties de mes vêtements que je dois brûler pour leur plaisir.


Description physique

Ode à la Fleur de Feu


"Il est une fleur au delà des plaines de feu
Qui à elle seule embrasa le cœur de centaines de malheureux.

Enveloppée du voile de sa chevelure ébène,
Qui lui cascadait plus bas que l'aine
Ses belles boucles brunes aux reflets acajous
Charmèrent plus d'un homme au point de les rendre fous.

Le satin de sa peau rivalisait de douceur
Contre les soieries les plus fines du pays
Et même le soleil palissait devant la splendeur
Inégalée de ses courbes alanguies.

Son corps parfait n'avait rien à envier
Aux majestueuses dune du désert
Ni la chaude teinte ni la sinuosité
Pas même leur allure altière.

Le charbon maquillant ses paupières à outrance
Exaltait ses œillades avec exubérance
Et deux pierres d'ambre serties dans l'or de sa peau
Conférait à son regard l'éclat des vrais joyaux.

Ses iris flamboyaient sous ses longs cils noirs
Conduisant d'un clin d’œil tout homme au désespoir
Écrins de prunelles où brûlait la promesse
De mille délices nés de ses caresses.

Et sur ses lèvres au dessin langoureux
Paressaient les moues les plus sensuelles
Appelant chaque âme à venir goûter les feux
Du fruit le plus défendu, du plaisir charnel.
"

Admirateur anonyme.

La beauté a beau être une notion subjective, lorsque l'écrasante majorité des gens qui croisent votre route estiment que vous êtes une des plus belles femmes qu'ils aient jamais vu, il est inutile de jouer la carte de la fausse modestie en minimisant son mérite. Je suis une belle femme, c'est un fait, je ne m'en cache pas.

Je ne suis pas très grande, mais remarquablement bien faite - mes courbes offertes à tous les regards sont fermes et plantureuses, mes jambes sont longues et fuselées, ma taille bien marquée, et mon cou fin et gracile me confère un port de reine. Ma peau est lisse et sans défauts, rayonnant d'un hale naturel soigneusement entretenu de bains de soleil, quotidiennement sublimée d'une huile hydratante aux particules d'or fin et à la douce fragrance de vanille et cannelle. Mon visage reste assez classique, avec des traits communs aux gens de mon peuple, mais d'une finesse et d'un caractère sans nul autre pareil. Mes grands yeux en amande mangent la moitié de mon visage, mon nez est petit et fin, mes lèvres sont larges, très pulpeuses et bien dessinées. Mon métissage m'a assez bien réussi au final, éclaircissant à peine ma peau et affinant un peu les traits de mon visage, en me dotant par exemple d'un nez plus droit qu'aquilin.  

En réalité, le parangon de ma beauté ne réside pas dans ma physionomie générale, mais dans l'exotisme de certaines de mes caractéristiques physiques, les deux plus notables étant mes yeux et mes cheveux.

Cascadant en une masse volumineuse de boucles indisciplinées, légèrement crépus et pourtant doux comme la soie, ces derniers me tombent quasiment jusqu'aux genoux. Naturellement plus noirs qu'une nuit sans lune, je les teint très régulièrement au henné rouge, ce qui les nimbe de profonds reflets grenat. Je les porte totalement détachés, ce qui est loin d'être pratique mais visuellement très esthétique, et lorsque je les attache je les rassemble en une épaisse et lourde tresse ramenée sur mon épaule.

Quant à mes yeux, ils sont grands, en amande comme la plupart de mes consœurs, mais au lieu d'être noirs ou bruns foncés, ils sont d'un orange vibrant pailleté d'or. Souvent mes amants aiment à les comparer à l'ambre, ou à la topaze, une pierre précieuse parmi tant d'autres, ça ne fait pas grande différence pour moi. Comme j'aime accentuer lourdement mon regard, chargeant exagérément mes paupières de noir, ils apparaissent comme deux braises au cœur d'un nuage de suie, me conférant un regard hypnotique, incontestablement mon plus grand atout physique.

Du fait de ma profession et du climat de nos régions, mes tenues d'apparat laissent généralement assez peu de place à l'imagination. Elles se constituent davantage de bijoux que de tissus, et les parures de bronze s’entrelacent en un ballet complexe sur tout mon corps pour en sublimer les courbes en ménageant à peine ma pudeur sous de légers voiles de soie fine. Ma peau est d'ailleurs percée à de multiples endroits pour maintenir une partie de ces costumes en place - mon nombril, mes seins, mes oreilles et mon nez sont parés de bijoux en or que je change régulièrement, et que je retire lorsque je ne dois pas apparaître devant un client. Le reste du temps je me couvre de robes de lin légères, et je passe le plus clair de mon temps pieds nus.

Mon unique "défaut" physique est sans doute la vielle cicatrice qui barre ma nuque avant de disparaître dans mon cuir chevelu, unique vestige de ma transition entre ma vie d'enfant et mon adolescence.

Description psychologique

Indocile, insoumise, indomptable, trois des qualificatifs les plus redondant lorsqu'il s'agit de qualifier ma personne au delà de mon apparence physique. Bien qu'Oummi Nephtys se plaise à croire que je me suis "assagie" ces dernières années, ma flamme intérieure ne fait en vérité que s'attiser davantage de jour en jour, nourrissant mon secret projet de fugue. Je n'ai pourtant pas toujours été dotée d'un caractère aussi sulfureux, et j'estime aujourd'hui que mon indocilité n'a en vérité été forgée que par tout ceux qui ont un jour tenté de me briser.

Car après tout, dans mes jeunes années en compagnie de Jedi Oumar, j'étais un véritable modèle de sagesse. Il était tendre et paternel avec moi, et je le lui rendait bien en me montrant comme un véritable modèle de docilité avec lui, buvant ses paroles à chaque recommandation qu'il me faisait, l'aidant dans ses voyages lui qui n'avait plus toute la vigueur de sa jeunesse, prenant soin des chevaux et aidant parfois à certaines transactions quand les négociations se faisaient trop tendues. La seule et unique fois où je lui avais désobéi, c'était ce fameux jour de l'exécution à Khemdara... je n'avais plus quitté la ville depuis, et je regretterais sans doute toute ma vie cette erreur de jeunesse.

J'avais été si intimidée, si apeurée à mon entrée au Harem, que durant les premiers mois de ma formations je n'avais adressé la parole à quasiment personne, laissant Oummi Farah me malmener jusqu'à ce que celle-ci n'en vienne finalement à conclure que j'étais mentalement attardée. Mais lorsque j'étais devenue officiellement la favorite du Roi Kasaros... en quelques mois, j'avais acquit assez de confiance en moi pour toute une vie. Comprenant peu à peu quel pouvoir ce titre me conférait, et quelle ascendance je prenais sur le Roi à mesure que je gagnais son affection, j'avais retourné contre Oummi Farah toute ses belles leçons, me montrant si suave et si persuasive que j'avais réussis à faire renvoyer du Harem quasiment toutes celles qui s'étaient montrés désagréables envers moi durant ma formation.

Enivrée par le luxe et le pouvoir dont je jouissais, j'étais devenue hautaine, capricieuse, colérique, pour le plus grand plaisir du Roi qui ne semblait que m'en apprécier davantage. Lui m'avait enseigné à devenir exigeante, calculatrice, et avait même pris un malin plaisir à attiser ma jalousie jusqu'à provoquer ma colère, faisant de moi une véritable furie, un animal de luxure qu'il ne pouvait ensuite racheter qu'en m'offrant des parures et des richesses à n'en plus finir.

Sur la fin, je ne supportais plus aucune des esclaves à mon service, et l'inverse était sans aucun doute valable - la terre ne me portait plus, et j'étais devenue si imbue de moi-même que parfois, je ne peux m'empêcher de songer que j'avais sans doute mérité le sort qui m'attendait. La Guerre Démoniaque n'avait été un épisode de l'histoire agréable pour personne... mais moi, la première Concubine du Roi Kasaros, j'en avais sans doute souffert plus que tout autre après lui. Lorsque le peuple s'était retourné contre son Roi, une partie de sa colère s'était naturellement reportée sur sa capricieuse favorite - combien de poignées de pierres et de sable avais-je dû encaisser durant ma fuite ?... La chute avait été dure, la leçon gravée en lettre de feu au cœur de mon âme.

Personne n'avait voulu me tendre la main durant les jours qui avaient suivis ma fuite - j'avais été dépouillée du moindre bijou, malmenée par tous les passant, ignorée des autres fugitifs, stigmatisée par toute la population de Khemdara. Mais Oummi Nephtys, elle, considérant l’appât du gain que je représentais, m'avait posé son ultimatum : ou je restais, et je travaillais pour elle... ou je retournais d'où je venais. Le choix n'en était pas vraiment un... mais j'avais appris beaucoup de chose, en ce temps là.

L'humilité, pour commencer. La cruauté de la vie réelle. La faim. La soif. Le froid. La nécessité d'avoir un toit. Trop longtemps j'avais vécu derrière un rideau de soie, à me prendre pour une reine, à tout prendre pour acquit. La Guerre Démoniaque m'avait fait tout perdre... mais je m'étais rachetée, nuit après nuit, et aujourd'hui j'estimais que j'aurais sans doute pu finir beaucoup plus mal. J'ai appris à relativiser, à ne pas me laisser déborder par les regrets. A mesure que je prenais du galon dans l'établissement, ma confiance en moi revenait, me rendant un peu de ce caractère capricieux et hautain qui deviendrait l'apanage de mon personnage de la nuit.

Tout en restant dans le secret de mon visage du jour.

Aujourd'hui, j'ai remonté la pente. J'ai mûri, gagné en maturité, et les leçons durement enseignées par la vie ont porté leurs fruits, faisant de moi un personnage au caractère bien trempé, mais relativement raisonnable. En apparence, du moins. Car je nourris depuis quelques temps le secret projet d'enfin m'enfuir de ce temple, d'enfin me soustraire au contrat qui me lie à Oummi Nephtys, d'enfin retrouver ma liberté... Si j'arrivais à rassembler un peu d'argent, à trouver un cheval, je pourrais fuir cette ville maudite, fuir vers le Nord, vers les peuples nomades de la frontière, et, qui sait, peut-être trouver quelqu'un connaissant un vieux Berbère du nom d'Oumar...


Dernière édition par Yenefer Amshet le Lun 29 Déc - 19:35, édité 9 fois
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MessageSujet: Re: Laissez-moi incarner votre plus grand Péché.   Jeu 20 Nov - 15:47


Histoire

Il est certaines créatures sur terre dont la beauté confère au sublime dans le sens strict du terme : aucun langage, aucun vocabulaire, aucun mot ne semble digne d'en chanter les louanges, à un tel point que c'en est effrayant. Eh bien... apprenez que je suis de ces femmes là. Je n'y suis pour rien, je n'ai pas demandé à naître ainsi - peut-être que si j'avais été moins belle, ma vie aurait été différente. Mais si j'avais été moins belle, elle aurait sans doute été bien plus dure, alors quelque part, je n'ai pas vraiment à me plaindre. Enfin, il faut aussi avoir conscience du fait que le monde dans lequel je vis cultive la beauté - si je n'avais pas passé chaque instant de ma vie à rester toujours à l'apogée de ma beauté physique, cette dernière commencerait déjà probablement à se faner, alors qu'aujourd'hui, mon dur labeur contribue encore à faire de moi un véritable objet de luxure.

Là encore au sens strict du terme.

Assise sur le petit tabouret au coussin tendu de satin couleur sable, accoudée à ma coiffeuse, Akhawat Nour vient juste de quitter la pièce après avoir achevé de m'aider à me préparer, et je profite des quelques instants de solitude qui me sont accordés pour grimacer quelques moues ridicules devant mon miroir. Si Oummi Nephtys me voyait, j'aurais droit à une dizaine de minutes de sermon sur mon age, les rides que je ne manquais pas de creuser sur mon visage en faisant l'idiote ainsi, sans compter que c'était indigne de moi etc. C'était peut-être ce léger goût de défi et d'interdit qui me rendait cette séance de grimaces plus savoureuse encore. Lâchant finalement un profond soupir, je me redressais sur mon tabouret, carrais les épaules, bombais la poitrine, puis je détendis lentement les muscles de mon visage jusqu'à ce qu'il soit plus lisse et poli que le marbre.

Que le spectacle commence.

Me détournant enfin du miroir, je me levais d'un mouvement vif et fluide, et les quelques pans de soie fine qui coulaient sur mes hanches ondulèrent avec légèreté sur ma peau, m'arrachant un léger frisson d'anticipation. L'ombre d'un sourire manqua presque courir sur mes lèvres, mais je jouais mon rôle depuis trop longtemps à présent pour ne pas maîtriser le masque de mes émotions à la perfection, et je restais donc de marbre, plus inaccessible que les cariatides géantes à l'entrée des temples. Traversant ma chambre d'une démarche légère et aérienne, pieds-nus sur le marbre blanc, je restais le dos bien droit, les bras souples, le menton levé. Apprendre à marcher n'avait été que l'une des nombreuses séances de torture qui avaient contribué à forger le personnage que j'étais devenu, et, si autrefois ça n'avait été pour moi qu'une humiliation supplémentaire, aujourd'hui, je savais que c'était ce qui faisait de moi une des créatures les plus lucratives de cet établissement.

Pourtant, je ne me rappelais encore que trop bien de la douleur et de l'humiliation vécue pour obtenir cette démarche si particulière...

"- Redresse-toi ! Tient-toi droite pauvre sotte ! Par Nektan, c'que tu peux être godiche !!!

J'ai juste dix-sept ans, et je suis pour ainsi dire la "nouvelle recrue" du Harem du Roi du Nékéharkhan. Complètement saucissonnée à un manche de balais en bois, affublée d'horribles chaussures aux semelles transpercées de clous aux talons, une affreuse coiffe constituée de poids destinés à me tenir la tête bien droite enroulée autour du front, je défile devant les Concubines du Roi en serrant les dents, mordant férocement ma lèvre inférieure avec une canine pour mieux retenir les larmes qui menacent de rouler sur mes joues. La lanière de cuir de la coiffe m'étrangle, les liens qui m'attachent au manche en bois ont fini par irriter ma peau fine, mais je n'émets pas un son, et je continue mes allez-retours le long de la piste qui a été dégagée pour moi, sous l’œil féroce d'Oummi Farah.

- Plus vite, idiote ! Crois-tu que le Roi attendra des heures pour que tu arrives à faire le trajet depuis tes quartiers jusqu'à son lit ?!... aboya t-elle avec une moue exaspérée sur les lèvres, une étincelle cruelle luisant au fond de ses prunelles sombres.

Elle me déteste, au moins autant que toutes les femmes nonchalamment étendues tout autour de moi dans la pièce, certaines sur des triclinium rembourrés d'épais coussins de soie fine, d'autres sur de lourdes tapisseries de velours coloré à même le sol. Dehors, le soleil est à son zénith, et les paravents ajourés qui ont été tirés devant les fenêtres des terrasses filtrent ses rayons, dans lesquels dansent des particules de poussière semblables à de la poudre d'or. Mais même dans la semi-pénombre de la pièce, même si les esclaves eunuques agitent douloureusement de larges éventails pour tenter de créer un semblant de brise dans la pièce, il ne font que brasser la touffeur ambiante, et seuls les parfums dont s'arrosent abondement les Concubines et l’encens qui brûle aux quatre coins de la pièce parviennent à masquer tant bien que mal les relents rances de nos corps en sueur.

Je meurs de soif, mais je sais que la moindre demande de ma part ne fera qu'attiser la haine de chaque femme présente ici, alors je garde le silence, et lorsque j'arrive au niveau du mur, j'entreprends un demi-tour plutôt bancal qui ne manque pas de provoquer une nouvelle crise de fureur chez Oummi Farah.

- Non, non, non et non !! hurle t-elle en fondant droit sur moi, la sueur ruisselant dans les plis de son visage rubicond.

Elle gratifie chaque "non" d'une tape de sa canne en bambou à différents endroits de mon corps endolori, et je grimace en retenant un cri de douleur.

- Non ! répète t-elle en m'assénant un nouveau coup de canne. Pas de grimaces, pas de jérémiades, et tient-toi droite !! Marche avec la légèreté de l'air, soit souple, gracieuse, imperturbable en tout temps, ne te l'ai-je pas encore assez répété ?! s’époumone t-elle en me postillonnant au visage. Encore !!

Ses coups m'ont déséquilibrée un peu plus à chaque impact, ma nuque raidie me fait mal, des pointes sont rentrées dans mes talons, mais je pince les lèvres, et hoche la tête en baissant respectueusement les yeux.

- Oui, Oummi Farah, couinais-je humblement en réponse.
- Mais c'est pas possible, quand je pense que je pourrais m'occuper à mille choses plus gratifiantes que l'éducation de cette petite crève-la-faim. Quelle idée notre Roi a t-il eu là, faire d'elle une Odalisque, est-elle seulement réellement encore vierge ?... elle n'est même pas si jolie que ça, quand on la regarde attentivement...

Elle s'en retourne auprès de son groupe de favorites, prenant de la distance pour mieux jauger ma démarche alors que j'entame une nouvelle progression à travers la pièce. J'essaye d'ignorer leurs messes basses, leurs insultes, leurs sarcasmes, leurs regards à la fois envieux et brûlants de jalousie, et je m'applique à marcher avec la légèreté de l'air, à rester bien droite, souple, gracieuse, le visage impassible... une larme roule sur ma joue, et je prie pour qu'on la prenne pour une simple goutte de sueur."


La nuit a baissé son voile sur la ville de Khemdara, et l'étouffante chaleur du désert s'allège enfin assez pour que l'air redevienne à peu près respirable. La lourde parure de bronze qui orne mes épaules et m'habille d'un réseau scintillant de chaînes brillantes comme de l'or a déjà chauffé contre ma peau, mais je n'en serais pas débarrassée de sitôt, et j'ai appris à faire abstraction totale des désagréments physiques auxquels mon corps est exposé quotidiennement. Divine dans ma tenue d'apparat, je descends posément l'escalier central du temple, quittant le troisième niveau, où sont logées les meilleures d'entre nous, pour m'arrêter au premier, constitué d'une enfilade de couloirs luxueux ouvrant sur des chambres de fonction. Bifurquant sur ma droite, je me rends dans celle qui m'a été attribuée cinq ans plus tôt, effectuant un rapide tour d'ensemble pour m'assurer que tout est à sa place.

Les moins jolies, les moins réclamées, les moins douées ou tout simplement les plus âgées d'entre nous ont parfois la chance d'être réattribuées au service de l'établissement pour œuvrer dans l'ombre, s'assurer que les draps soient changés et l'encens toujours allumé, et je dois reconnaître que celles qui ont cette chance font toujours un travail irréprochable. En même temps, si l'une d'entre elles venaient à fauter, nous savons toute ce qu'il adviendrait d'elle... Il ne fait pas bon d'être une prostituée au chômage par les temps qui courent, et se retrouver à la rue, c'était être condamnée à une mort certaine. Voilà pourquoi même moi, j'avais appris à rentrer dans le rang... en apparence, du moins.

Quittant la pièce en passant la tenture de velours qui en fermait l'entrée, je traversais le couloir et achevais de descendre les escaliers pour me rendre dans la salle de banquet principale, où je me savais attendue. Tout les soirs, c'était le même rituel – et tous les soirs, mon moment préféré, mon seul et unique véritable instant de jouissance, était celui où je devais faire mon entrée parmi les convives et les autres... employées.

Toute cette petite mise en scène faisait partie de mon personnage, mais c'était le seul aspect que j'appréciais réellement dans le rôle qui m'était donné à jouer pour les autres. Les yeux lourdement cernés de noir, les clavicules parsemées de poussière d'or, de fines chaînes en or avaient été savamment entremêlées dans l'épaisseur indisciplinée de ma chevelure, dont seules quelques mèches avaient été tressées et rassemblées en arrière pour dégager mon visage, dans une coiffure d'apparence négligée, mais qui avait en réalité nécessité des heures de préparation à elle toute seule. Des lys oranges et odorants complétaient ma coiffure et rappelaient la couleur de mes yeux, et leur parfum capiteux familier m'emplit les narines lorsque je pris une profonde inspiration avant d'entrer en scène.

Trois... deux... un...

Je passais les tentures mousseuses qui encadraient l'arche menant à la salle de banquet, et j'eu le plus grand mal à retenir un petit sourire de satisfaction lorsque tous les regards convergèrent dans ma direction. Je n'étais certainement pas la demoiselle la plus fraîche ici, mais j'étais incontestablement la plus belle femme de cet établissement, peut-être même la plus belle de tout Khemdara, et c'était bien la seule chose qui me valait un semblant de privilège. Comme celui de pouvoir descendre quand bon me semblait à partir du moment où j'avais été mandée. Je laissais généralement languir mon amant du soir une petite heure, parfois moins, jamais plus. Comme il était interdit aux hommes de toucher eux-même à leur nourriture en ces murs, je me faisais un malin plaisir de les faire attendre, m'imaginant leur appétit, ou plutôt leurs appétits, s'attiser à mesure que leur impatience grandissait. Puis, au moment où leur impatience menaçait de se muer en agacement, voir en colère, je faisais enfin mon apparition – et je ne connaissais rien de plus savoureux au monde que leur expression lorsque j'entrais dans la pièce pour m'avancer vers eux, sans accorder l'ombre d'un regard à quiconque d'autre une fois ma cible repérée.

Alors commençait l'infinie comédie faisant de moi pour un soir la propriété exclusive d'un seigneur bedonnant ou d'un marchand ridiculement riche, pouvant disposer de moi comme bon lui semblait en plus de mes devoirs naturellement entendus envers toute clientèle, le tout pour une somme sans doute ridiculement astronomique, dont j'ignorais le montant exact mais dont une partie payait toutes  les dépenses occasionnées au quotidien pour mon confort. Puis, au matin, l'établissement exigeait que les hommes descendent prendre leur première collation de la journée en compagnie des employées n'ayant pas servit la veille, afin de laisser les autres se reposer en vue de la nouvelle nuit à venir. Nous étions alors réveillées en milieu d'après midi, afin de nous restaurer au besoin, avant de recommencer l'interminable série de préparations et de mises en beauté destinées à l'amant de la nuit suivante. Et c'est ainsi que s'écoulent les jours et les nuits, l'un après l'autre, dans une spirale sans fin dont je n'ai aucun moyen de m'échapper un jour.

M'avançant vers mon client du soir, que j'identifiais au premier coup d’œil comme un noble de la cinquantaine, grisonnant mais heureusement encore assez charmant pour m'éviter un frisson de dégoût lorsque je déposais délicatement ma main entre les siennes, je m'autorisais enfin un sourire félin, doublé d'une œillade brûlante alors que je me penchais en avant pour attraper une des pâtisserie exposée sur le plateau d'argent disposé devant lui, offrant ainsi une vue plus que plongeante sur la naissance de mes seins. Parfaitement à l'aise dans mon rôle de séductrice, je le saluais d'une voix grave et ronronnante tout en portant la pâtisserie à ses lèvres, avant de me pencher pour lécher "innocemment" la crème que j'avais "maladroitement" laissé couler sur son menton.

Je restais néanmoins pensive, légèrement distraite, réfugiée en mon fort intérieur en un lieu où personne, pas même Oummi Nephtys, pouvait venir me chercher. Cela faisait plusieurs nuit déjà, que je faisais le même rêve étrange, comme tous les ans à peu près à la même période, et je ne pouvais m'empêcher de me demander, une fois de plus, s'il s'agissait bien d'un rêve, ou d'un souvenir de ma mémoire défaillante...

"Assise face à un mur de pierres de taille, les mains sagement posée sur les oreilles, je fixe le mur sur lequel se reflète les ombres mouvantes du feu qui ondule derrière moi. Le brasier jette des ombres noires et menaçantes sur le mur, et je peux distinguer les silhouettes de plusieurs combattants aux prises contre un seul. Il est facile à reconnaître parmi les ombres : c'est le seul à manier un sabre à la lame droite, une "épée", comme il me l'a si souvent répété.

- Zahra ! Zahra Nar, vient, vient petite fleur, allez cours !

L'homme qui vient de me soulever par les aisselles avant de m’entraîner avec lui à travers les couloirs saccagés, c'est mon père. Je ne distingue pas les traits de son visage – je vois juste que sa peau est blanche, si pâle comparée à la mienne, et que ses yeux luisent du même éclat ambré que les miens. Ses cheveux clairs et raides flottent sur ses épaules alors qu'il court en me traînant presque derrière lui, et je m'effondre contre ses jambes lorsqu'il rentre de plein fouet dans une femme qui arrive sur notre droite.

- Dounia ! s'exclame mon père en la serrant contre lui. Dounia, par Nektan, où est Rayane ??!
- Ici !! réponds un jeune homme dont je ne peux non plus voir le visage, mais dont les yeux sont aussi noirs que ceux de ma mère.

Ma mère est belle, même si je ne distingue pas ses traits – ses cheveux sont noirs comme l'ébène, et sa peau est plus sombre que la mienne ou celle de mon frère. Elle offre un contraste saisissant à côté de celle de mon père, si claire, et je suis obnubilée par leurs doigts entrelacés alors qu'ils discutent hâtivement avec Rayane, cette alternance de blanc et de noir, comme les touches d'un piano. Je ne sais pas ce qui se dit entre eux, je n'écoute pas – mais soudain on m'attrape à nouveau pour m'éloigner d'un nouveau combat, et je comprends que je suis dans les bras de mon frère.

Il abandonne nos parents derrière-nous en filant comme le vent dans les couloirs déserts – l'air est suffoquant, et une fumée noire monte du rez-de chaussée et assombrit déjà les plafonds de pierre blanche. Un groupe d'hommes armés nous barre alors la route, et mon frère lève son sabre à la lame courbe tout en me laissant glisser au sol. Des chèches noirs leur masquent le visage, et en nous voyant, mon frère et moi, ils se précipitent vers nous, sabre au clair.

- Cours, petite fleur, tu comprends ?!... chuchote t-il en me pressant contre lui, son regard noir plongé dans le mien. Cours, cours loin d'ici, et ne t'arrête que quand tes jambes ne pourrons plus te porter !!

Puis il me pousse violemment en avant alors que les hommes qui nous barrent la route se jettent sur lui. Je dois avoir entre dix et douze ans, et je suis petite – assez petite pour passer entre les hommes assoiffés de sang sans même qu'ils ne remarquent ma fuite, et j'obéis docilement à mon frère. Je file vers les escaliers, de toute la force de mes petites jambes potelées, et lorsque j'arrive en bas des marches, je crois être descendue en Enfer. Le feu a dévoré les tentures tirées le long des murs, les rideaux de lin blanc aux fenêtres, les épais tapis persans recouvrant les sols. Le mobilier de bois précieux flamboie de toute part, et partout, des corps sanglants sont dévorés par les flammes. L'air est suffoquant, noirci de fumée, et une puanteur de graisse brûlée et de mauvais rôti remonte dans mes narines et me donne les larmes aux yeux.

Mais je dois obéir à mon frère. Alors je file à travers les flammes, dans un état second, fonçant tout droit vers l'unique sortie que je connais : celle donnant sur les jardins du palais. J'entends derrière moi un bruit de poursuite – curieusement, je n'ai pas peur, je n'ai pas vraiment conscience du carnage qui a eu lieu en ces murs, je ne réalise pas vraiment que les flammes sont en train de brûler tous les corps des défunts, y compris sans doute ceux de mes parents et de mon frère. J'ai presque atteints la porte, et je sais qu'une fois dans les jardins, que je connais comme ma poche, je pourrais semer mes poursuivants jusqu'aux limites du domaine, et continuer à courir jusqu'à ce que mes jambes ne me portent plus. Et puis, c'est l'impact – un coup violent, porté à la nuque, au moment même où je traverse le hall d'entrée au carrelage turquoise. Je perds connaissance avant d'avoir touché terre."


Et j'ouvre les yeux dans un sursaut. Encore ce rêve. Un peu désorientée, le cœur battant la chamade, il me faut quelques secondes pour reconnaître les tentures rouges qui drapent les murs tout autour de moi. Baillant à m'en décrocher la mâchoire, je me redresse lentement, nue dans mon lit aux draps de soie, et durant une fraction de seconde, je m'étonne que le carrelage ne soit pas de mosaïque turquoise lorsque je balaye la pièce d'un regard. Soupirant de dépit, je me rallonge sur l'épais matelas moelleux comme un loukoum, le regard dans le vague, perdue dans mes pensées.

Je n'ai aucun souvenir de ma vie avant mes dix/douze ans. J'ignore qui je suis, d'où je viens, j'ignore même jusqu'à mon véritable prénom. Mais tous les ans, à la même période environs, je fais ce même rêve, cette fuite à travers les flammes, et il ne m'avait pas fallu longtemps pour comprendre que c'était sans doute des réminiscences de mon ancienne vie, peut-être même le souvenir de ma dernière nuit avec ma famille. Si les premières années, ce cauchemar me terrifiait et me réveillait en hurlant sans que je ne comprenne trop pourquoi, j'ai fini par comprendre l'importance que ce rêve pouvait avoir, et j'avais essayé de reconstituer ce qu'avait pu être mon ancienne vie à partir des détails dont j'arrivais à me souvenir dans ce rêve.

Je sais que dans ce rêve, nous sommes dans un palais, un palais que je connais comme ma poche. Étais-je une enfant de la noblesse ?... Ma mère était vêtue d'une belle robe de soie jaune, un jaune doux, comme celui qui nimbe les dunes au soleil couchant, mais mon frère portait la simple djellaba blanche des domestiques. Chaque fois que je fais ce rêve, je remarque quelque chose de nouveau, mais j'oublie en même temps un autre détail. Cette fois, j'ai noté que le carrelage du hall d'entrée était entièrement composée d'une mosaïque bleue turquoise, représentant sans doute un fond marin. Pourquoi ne m'en suis-je pas souvenue plus tôt ?... Est-ce seulement la réalité, où des inventions de mon esprit pour tenter de combler le vide de ma mémoire ?...

Le scénario le plus plausible que j'aie jamais échafaudé au fil du temps était que ma mère était sans doute une riche héritière, noble ou fille de marchand, et mon père, un étranger des pays du Nord, un simple esclave, ou bien un homme libre travaillant dans la demeure de ma mère. Peut être avaient-ils eu une liaison secrète, que ma mère avait réussi à cacher assez longtemps pour avoir un fils, dissimulé parmi les domestiques, et plus tard une fille, moi. C'était un peu tiré par les cheveux, et ça n'expliquait pas l'attaque dont nous étions victimes dans mon rêve... peut-être juste que ma mère avait privilégié un mariage d'amour avec l'étranger qu'était mon père, en s’attirant les foudres d'un bon parti qui aurait finalement choisi de se venger en détruisant sa vie des années plus tard. Ou bien encore ma famille était trop riche et trop puissante, et, devenue menaçante aux yeux de la Famille Royale, elle aurait été victime d'une élimination politique... Tant d'hypothèses plus farfelues les unes que les autres, et qui ne se verraient de toute façon jamais confirmées... La seule chose dont je pouvais être à peu près sûre, c'était mon métissage, car je ne voyais pas d'autres moyens pour justifier le fait que ma peau soit moins sombre que celle des nékéharkhiennes pure souche, ainsi que la couleur claire si exceptionnelle de mes yeux.

Et puis aussi, mon rêve n'était peut-être en vérité juste qu'un simple rêve.

Un de mes premiers "véritables" souvenirs de mon enfance, ce sont deux yeux d'un bleu envoûtant, qui me transpercent jusqu'à l'âme d'un regard inquiet. Ce sont les yeux de Jedi Oumar, mon grand-père adoptif. Je dois avoir une douzaine d'années, et il m'éponge le front alors que je reprends lentement connaissance après une terrible fièvre. De ce qu'il m'a raconté ensuite, il m'aurait repérée lorsque j'étais toute jeune, couverte de sang dans une cellule du marché aux esclaves. Il m'aurait libérée à la faveur de la nuit, et pour ce qu'il en savait, personne n'avait jamais tenté de me retrouver, ni ne semblait même avoir simplement remarqué ma disparition. Soupirant de nouveau, je me tournais pour mieux caler ma hanche contre un coussin de velours, et je levais une main pour passer distraitement mes doigts sur ma nuque, juste sous mes cheveux, là où une petite cicatrice barrait ma colonne vertébrale avant de disparaître dans mon cuir chevelu.

D'après lui, j'avais été longue à me rétablir du coup que j'avais reçu à la tête –  il avait fallu de longues semaines de soin, au cours desquelles j'avais quasiment dû réapprendre à marcher et à parler, et ma mémoire était demeurée longtemps instable et peu fiable. Je confondais mes rêves avec la réalité, j'oubliais régulièrement des jours entiers qui s'étaient écoulés, ma vue et mon ouïe se brouillaient parfois, et aujourd'hui encore, lorsque j'étais un peu fatiguée, il m'arrivait d'être la proie de terribles migraines. Mais Oumar avait pris soin de moi, avait su s'occuper de moi malgré les difficultés qu'induisaient ma mémoire défaillante au quotidien, et il m'avait élevée comme sa propre fille, sans jamais rien attendre en retour. Il m'avait même enseigné le maniement de la sannaeth – puisque j'avais peur du feu, il avait su m'apprendre à dompter ma peur, à tous les sens du terme, et aujourd'hui encore, je tirais profit de son enseignement.

Ça avait été les années les plus heureuses de toute mon existence. Nous avions une vie simple, mais paisible, et je suivais avec plaisir Jedi Oumar dans ses pérégrinations à travers le Nékéharkhan, lui qui vendait ses épices dans tout le pays. Mais notre arrivée à Khemdara avait tout changé. Jedi Oumar... il était sans doute mort de vieillesse depuis des années maintenant, mais je n'avais pas fini de regretter sa présence à mes côté chaque jour qui passe devant Nektan.

- Akhawat Yenefer ?... Puis-je entrer ?... couina  Akhawat Nour derrière les tentures qui masquaient l'entrée de ma chambre de service.
- Oui, Akhawat Nour, je suis réveillée, soupirais-je en me décidant enfin à me redresser.

Tenant un peignoir de soie rouge entre ses bras fin, la jeune fille d'une quinzaine d'année s'empressa de me l'apporter alors que je m'arrachais au tendre confort du lit moelleux pour m'envelopper dans le peignoir en baillant. Séparant mes cheveux en trois sections à peu près égale, Nour les tressa rapidement dans mon dos pour qu'ils ne me gênent pas, et recula ensuite d'un pas pour m'accompagner dans la salle commune des employées du Al Kamar Nektan, non sans m'avoir auparavant gratifiée d'un de ses exaspérant regards débordant d'admiration. Arrivée ici depuis peu, achetée par Oummi Nephtys au marché aux esclaves, la jeune fille était jolie, comme nous toutes, mais elle avait surtout quelque chose dans sa physionomie générale de pur et d'innocent qui avait sans aucun doute attiré le regard de la "mère" des lieux. Certains clients raffolaient des jeunes nymphes un peu naïves, et Nour allait sans aucun doute renouveler le stock de la demande au cours des mois à venir. En attendant d'être mise au parfum, elle m'avait été confiée pour m'aider à me préparer en remplacement de la dernière aide que j'avais eu, et elle se montrait d'une telle dévotion à mon égard que je n'avais pas encore eu le courage de lui annoncer qu'elle n'allait sans doute pas rester à mon service à vie, et qu'il faudrait bientôt qu'elle gagne son pain à la sueur de son front.

Me couvant d'un regard énamouré, la jeune femme m'amena jusqu'à un siège qu'elle tira pour moi, et je retins de justesse un soupir agacé. Pourtant, connaissant ma réputation, elle aurait dû savoir qu'il n'y avait en vérité pas grand chose de si admirable chez moi... mais après en même temps, sans doute n'était-elle pas vraiment au courant du scandale qui avait entaché toute mon existence. C'était en vérité assez plaisant, d'être accompagné par quelqu'un de si... dévoué... si bien que j'en oubliais d'être sarcastique et désagréable avec elle. Oummi Nephtys avait dû deviner que si elle me confiait quelqu'un de vraiment gentil, une fille innocente, je n'aurais aucune arme à retourner contre elle pour m'en débarrasser ensuite... C'était bien joué, il fallait bien le reconnaître, et je supportais donc en silence toutes les attentions de Nour, encore trop faible pour avoir la bassesse de m'en prendre à une fille comme elle. Ma bonté me perdra... quoi que je sois déjà perdue, en fait.

Attrapant la tasse en verre et en argent que me tendait Nour, je soufflais sur le thé à la menthe fumant et le portais distraitement à mes lèvres pour en avaler une gorgée – à peine un mois que la jeune femme avait été assignée à mon service, et déjà je ne réfléchissais plus avant d'avaler tout ce qu'elle me tendait avec une confiance aveugle. Je ne comptais pourtant plus le nombre de celles qui avaient tenté de me brûler, au mieux, ou de m'empoisonner, au pire... après tout, j'étais la reine incontestée de ce temple, et même si mon titre ne valait sans doute pas celui de notre grande Saroua Ankhesen, il était assez gênant et en même temps assez alléchant pour qu'une poignée de vipères tentent de m'en déposséder par tous les moyens.

Seulement je n'étais certainement pas prête à abdiquer devant l'une d'entre elles, loin de là. Buvant mon thé en silence, j'ignorais les regards que me lançaient certaines filles attablées autour de moi – sans doute médisaient-elles encore sur mon dos, mais ça faisait bien longtemps que j'avais appris à laisser glisser toutes ces petites mesquineries futiles. Mon année de formation en tant qu'Odalisque dans l'ancien Harem du Roi du Nékéharkhan avait été instructrice à vie à ce niveau là... Le regard perdu au dehors, d'ici on pouvait encore voir un temple Nektan dont la reconstruction était pratiquement achevée. La Guerre Démoniaque avait fait beaucoup de dégâts, et si je n'avais pas trouvé refuge ici, à l'Al Kamar Nektan, je serais restée à la rue et je serais morte de faim. Ou d'autre chose. Sans le soutien de Kasaros, je serais d'ailleurs morte bien avant cette guerre... avoir été l'une des privilégiées du Roi en personne durant plusieurs années ouvrait bien des portes.

Je me rappelais comme si c'était hier ma première nuit en compagnie du Roi...

"- Quel est ton nom ?... demanda sèchement l'homme qui venait d'entrer en coup de vent dans la chambre, passant devant moi si rapidement que je n'avais même pas eu le temps de voir son visage.
- Yen... Yenefer, avais-je balbutié, pétrifiée de terreur.

J'étais seule, inexpérimentée et à demie nue dans la chambre du Roi en personne, et lorsque j'avais cédé à un moment de faiblesse pour demander ce qui allait potentiellement m'arriver dans cette chambre, je n'avais reçu pour toute réponse que les ricanements ironiques des Concubines et un sourire mauvais d'Oummi Farah.

- Tu le sauras bien assez tôt, avait-elle gloussé en continuant de me coiffer, me tirant sèchement les cheveux au passage.

Et à présent j'étais là, perdue, fixant le dos de cet inconnu qui avait entrepris de se débarrasser des lourds bracelets et du pectoral d'or et d'ivoire qui constituaient sa parure, avant de retirer son Némès, dévoilant un crâne lisse et nu. Il était grand, même pour un homme, large d'épaules, et paraissait aussi musclé qu'un cheval de guerre. S'aspergeant le visage de l'eau claire qui avait été mise à disposition dans une bassine décorée de mosaïque en céramique, il attrapa la fine serviette de lin posée à côté pour se sécher, et se retourna enfin face à moi. A présent dépouillé de son pectoral d'or massif, il était torse nu, et son imposante musculature dessinait des reliefs que j'avais peu eu l'occasion d'admirer sous la peau sombre des hommes. J'eu la surprise de constater que ses yeux étaient d'un bleu azur, comme ceux de Jedi Oumar, et malgré les innombrables recommandation de Oummi Farah, j'en oubliais mes manières et pris la parole sans y être invitée.

- Vous êtes un Berbère ! m'exclamais-je, avant de plaquer une main horrifiée sur mes lèvres.

Un silence s'étira entre nous, et j'eu le temps de compter trois battements de mon cœur affolé... avant que le souverain n'éclate finalement tout simplement de rire.

- En effet, j'ai du sang Berbère, mais je suis né ici, dans ce palais, à Kehmdara, précisa le souverain, un sourire amusé aux lèvres. Comment sais-tu que les peuples du Nord ont souvent les yeux bleus ?... demanda t-il ensuite en penchant légèrement la tête sur le côté, visiblement intrigué.
- Je... mon... mon grand-père est Berbère, bégayais-je en me tordant machinalement les mains. Il m'a expliqué qu'au contact de l'Acquasca, la plupart des peuples de la frontière Nord étaient le fruit d'un métissage, et que les yeux bleus étaient finalement devenus une caractéristique dominante des nomades, expliquais-je tant bien que mal, la voix enrouée.
- Tu as donc voyagé avec lui ?... C'est une agréable surprise, la plupart des femmes de mon Harem n'ont jamais quitté Khemdara, avait-il répondu, l'air soudain pensif.

Remplissant deux coupes d'argent d'un liquide ambré provenant d'une carafe de cristal, il s'était approché de moi, et je m'étais retenue de toute mes forces pour ne pas reculer de plusieurs pas lorsqu'il s'était finalement penché vers moi pour plonger son regard dans le mien. Me jaugeant en silence, il m'avait finalement tendu une des coupes, avant de poser avec légèreté sa main sur mon épaule pour m’entraîner vers l'un des sofas d'apparence si confortable.

- Allez, détends-toi, bois, et viens me raconter un peu tout ça..."

Nous n'avions fait que parler, cette nuit là, et je m'étais finalement endormie sur le sofa sans qu'il n'y ai plus eu le moindre contact entre nous après qu'il ait retiré sa main de mon épaule. Un léger sourire aux lèvres à ce souvenir, j'avalais d'un trait la fin de ma tasse de thé, avant d'attraper une fourchette en argent pour commencer à dépiauter un baklava collant de miel. Après cette nuit là, j'étais rentrée au Harem avec un peu plus d'assurance face aux autres filles – et ensuite, à chacune de mes visites faites au Roi, je prenais confiance en moi et ignorais avec de plus en plus de superbe les remarques et sarcasmes de mes chères consœurs. Pour une raison que j'ignorais, le Roi semblait apprécier ma compagnie et ma conversation, et j'avais petit à petit appris à le connaître, à l'apprécier, à lui faire confiance, et peut-être même... à l'aimer. Malgré toute la haine que lui vouait son peuple, et que j'avais partagé au départ, j'avais découvert entre ses bras un autre homme que sa seule image politique connue de la population, et j'aurais tant voulu sur la fin que quelqu'un d'autre que moi puisse le comprendre...

A cette époque, je commençais à relativiser un peu face à ma situation. Certes, j'avais tout de même été arrachée à mon foyer, à mon Jedi, pour satisfaire le caprice d'un Roi... mais en devenant sa favorite, ma situation se faisait de plus en plus douce, et à mesure que le temps passait, ma peine s'estompait un peu également. Je ne pouvais de plus m'en prendre qu'à moi-même... Si seulement j'avais été plus obéissante. Si seulement j'avais écouté Jedi Oumar lorsqu'il m'avait demandé de rester en dehors de la ville le temps de ses négociations... je n'avais que dix-sept ans, j'étais jeune et intrépide, et ce jour là, on ne parlait que de l'exécution du Mage Belgarath, qui allait être décapité en place publique. Je ne savais pas trop de quoi il était vraiment coupable – nous étions en ville depuis quelques jours à peine, et l'effervescence de la grande ville agissait sur moi comme un puissant stupéfiant. Assez stupéfiant pour me pousser à désobéir, et à suivre la foule se rendant au centre ville pour assister à l’exécution.

En vérité, je n'avais aucune envie de voir un homme se faire tuer sous les acclamations d'une foule hystérique – j'avais à la base prévu de faire le tour de la ville, et de retourner au campement dans le désert ni vu ni connu... Mais, entraînée par la masse compacte des citoyens, je n'avais eu d'autre choix que de suivre le mouvement, et je m'étais retrouvée bien malgré moi aux premières loges de l'exécution. Jouant des coudes, je m'étais détournée pour ne pas voir la mise à mort et fuir – des gardes avaient finalement convergé vers moi pour m'aider à me frayer un passage loin de la foule, mais j'avais été terrifiée lorsque j'avais appris que j'avais été repérée par le Roi en personne, et qu'il avait demandé à ce que je sois intégrée à son Harem s'il s'avérait que j'étais toujours pure.

Et pure, je l'étais. Les événements s'étaient précipités avec tant de hâte, je n'avais rien vu venir... Jedi Oumar avait été largement dédommagé pour mon départ, et j'avais pénétré dans ce nid de vipères qu'était le Harem du Roi du Nékéharkan pour devenir une Odalisque, destinée à être la favorite du Roi pour les quatre années à venir. Durant une année entière, j'avais dû subir le joug constant de Oummi Farah et ses favorites, mais à leur contact, j'avais appris en un temps record à me tenir comme une reine, à devenir une femme digne d'un Roi. Puis la Guerre Démoniaque avait tout détruit, causant de nombreuses victimes parmi la population, esclave ou noble... La ville avait été ravagée, de nombreux criminels en avaient profité pour sortir de l'ombre et perpétrer leurs massacres depuis l'intérieur même de Khemdara, le palais avait été attaqué à plusieurs reprise, l'ancien Harem avait été pillé, incendié... Kasaros lui-même avait été hué par la population, démis de ses fonctions et banni de sa propre cité, et je m'étais finalement retrouvée seule, sans famille, sans argent, sans protecteur... Le seul endroit où j'avais finalement pu trouver refuge était l'Al Kemar Nektan, et la maîtresse des lieux avait immédiatement compris mon potentiel lucratif dès lors qu'elle avait su que j'étais l'ancienne favorite du Roi déchu...

Pinçant les lèvres de dépit, je décidais que j'avais assez mangé pour le petite déjeuné, et j'envoyais Nour me préparer un bain. C'était un luxe que peu d'entre nous pouvaient se permettre, mais j'en faisais partie, alors je ne m'en privais pas. Savoir jouir sans compter des privilèges octroyés sans jamais les considérer comme acquis, c'était une autre leçon que j'avais bien apprise au cours de mon existence... mais au moins, je ne répétais pas mes erreurs.

M'étirant longuement avant de quitter la table, je montais retrouver ma véritable chambre, celle qui était mienne depuis près de cinq ans – la première année, Oummi Nephtys m'avait mise à l'épreuve, pour voir si j'allais être aussi convoitée qu'elle ne l'espérait, puis, voyant ses espoirs confirmés, m'avait offert un statut un peu plus élevé dans son établissement, faisant de moi son élément le plus lucratif. Lorsque j'avais dépassé les vingt-cinq ans, nous avions toutes deux craint que ma popularité ne dégringole en flèche... mais grâce à la publicité que me faisaient mes clients réguliers, je n'avais jamais eu a souffrir d'un dédain grandissant de la clientèle envers moi. Au contraire, mon passé scandaleux et mon aura mystique faisaient de moi une perle dans la collection de l'Al Kemar Nektan, et pour quelques années encore, je n'avais pas à m'inquiéter des retentissements de mon age sur ma popularité. Du moins, tant que mon physique restait à la hauteur...

La baignoire avait été montée et installé au milieu de la pièce, et je laissais mon peignoir glisser de mes épaules avant de m'asseoir à ma coiffeuse. Défaisant ma tresse en chantonnant un air populaire, Nour arriva comme une flèche pour s'en charger elle-même, et je m'accoudais à ma coiffeuse pour la laisser faire, un sourire amusé aux lèvres. J'en profitais pour retirer les derniers bijoux accrochés à ma poitrine et à mon nombril, avant de retourner à ma baignoire pour m'immerger avec délice dans le lait d’ânesse coupé d'eau tiède et délicatement parfumé de fleur d'oranger. Fermant paresseusement les yeux, je calais ma nuque contre le rebord de la baignoire, laissant tout le loisir à Nour de brosser mes longs cheveux qui ruisselaient hors du baquet jusqu'au sol.

Ce soir, je devrais à nouveau revêtir mon masque de femme fatale. Ce soir, je serais la brûlante, l’insaisissable Fleur de Feu, l'ancienne favorite du Roi en personne, celle dont les charmes marquaient les hommes à jamais. Mais pour l'instant, j'avais la joie et le privilège de profiter d'un semblant d'intimité, dépouillée de tout maquillage ou encombrant atour, et d'être juste moi, Yenefer, une fille comme les autres, pour encore quelques heures du moins.
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  • Comment avez-vous connu le forum ? Bonne question x)

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Yenefer Amshet

Valhistarien(ne) (C)

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MessageSujet: Re: Laissez-moi incarner votre plus grand Péché.   Lun 29 Déc - 19:38

Voilààààààààààà finiiiiiiiiiiiii !! Oui, ENFIN, je sais XD
Bon, j'ai conscience que ce n'est sans doute pas parfait - j'ai mélangé un peu de vocabulaire grec, un peu de latin, un peu d'arabe, le tout n'ayant rien d'antique, ma fiche contient sans doute bon nombre d'anachronismes, et il reste peut-être quelques petites fautes par-ci par-là, mais là... j'estime ne pas pouvoir faire mieux. Je pense que le personnage est plausible, que le back-ground du forum est respecté - je vous laisse à présent en juger, moi, j'ai terminé Smile

Bonne lecture Very Happy
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Belgarath Eridan

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MessageSujet: Re: Laissez-moi incarner votre plus grand Péché.   Lun 29 Déc - 21:14

Ayant vu les points qui n'allaient pas forcément directement avec toi, l'ensemble de la fiche me convient. Pour chipoter je dirai simplement que lors de la guerre démoniaque le Palais n'a pas été pillé par les démon, c'est Néfertis qui a dissout le Harem de Kasaros. Mais hormis ça aucun soucis et j'apprécie que l'on se soucie de mon coupage de tête par conséquent tu as ma première validation mrred
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Serilë Leolin

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MessageSujet: Re: Laissez-moi incarner votre plus grand Péché.   Lun 29 Déc - 22:40

Bah, rien à dire de plus !

Je vois mal comment je pourrais ne pas te valider. J'adore toujours te lire !
Re-bienvenue !!! Au plaisir de vite poster avec toi ! Même si c'est pas gagné gagné quand même XD
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MessageSujet: Re: Laissez-moi incarner votre plus grand Péché.   

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Laissez-moi incarner votre plus grand Péché.

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